Editos

29/03/2018

Formations réagir face à l'urgenceBientôt, les formations citoyennes «apprendre à réagir face à l’urgence» accueilleront à nouveau des centaines de Bruxelloises et Bruxellois désirant se former à mieux réagir pour porter secours à autrui et pour faciliter l’intervention des secours. Vous serez informés des modalités via une campagne d’affichage, les médias, les réseaux sociaux.

C’est d’un grand réconfort de savoir que nombreux sont celles et ceux qui désirent s’engager pour apprendre à aider et à porter secours. L’année dernière, nous avons réorganisé les formations pour accueillir plus de citoyens.

L’engagement et le courage s’imposent à nouveau comme valeurs démocratiques. Ce sont habituellement celles des professionnels du secours et de la sécurité; elles peuvent aussi nous habiter en tant que citoyens. L’organisation de ces formations va dans ce sens en offrant à tous les participants la possibilité de se préparer à aider l’autre grâce à une démarche raisonnable, apprise et concertée avec des professionnels du secours.

Ces engagements citoyens aussi ponctuels et circonscrits qu’ils soient nous permettent de donner du sens à nos vies, de créer du lien avec les autres et avec l’avenir. Les formations « apprendre à réagir face à l’urgence » nous permettent de poser un acte au-delà de nos intérêts immédiats. Une manière de consacrer quelques heures à un engagement gratuit.

Renforcer l’engagement et le courage au cœur de la démocratie est dans la continuité de l’indispensable amélioration de l’être-ensemble. Puisse cette initiative des formations au secours y contribuer quelque peu.

Cécile JODOGNE,
secrétaire d’Etat en charge de l’aide médicale urgente
et de la lutte contre l’incendie.

Quelques liens :

20/03/2018

Récemment, la Fédération des associations de médecins généralistes (la FAMGB) a tiré la sonnette d’alarme en publiant un Livre noir de la santé mentale à Bruxelles. Elle y fait le constat suivant : les médecins généralistes sont de plus en plus sollicités par leurs patients pour des questions de santé mentale. Or, ils ne sont pas des spécialistes de ces questions et se sentent souvent démunis pour répondre adéquatement aux demandes qui leur sont adressées : manque de formation sur le sujet, méconnaissance des acteurs et structures vers lesquels orienter les patients, contacts difficiles avec les hôpitaux ou les services ambulatoires, files d’attente interminables, … 

Il est vrai que trouver un professionnel de la santé mentale à qui l’on puisse faire part en toute confiance de souffrance psychique n’est pas chose aisée. De plus en plus de citoyens se tournent donc vers leur médecin généraliste : suffisamment proche pour bien nous connaître, suffisamment extérieur pour voir les choses avec une certaine distance.

Je suis particulièrement sensible à l'appel des médecins généralistes. Comme acteur de première ligne, celui-ci est forcément le destinataire de nombreuses demandes somatiques et psychiques. Il entretient avec ses patients une relation de confiance qui en fait un interlocuteur privilégié. Il doit être pleinement reconnu et soutenu dans ce rôle, et ne peut bien entendu pas tout endosser à lui seul.

La santé mentale à Bruxelles

État dépressif, angoisse, mal-être psychologique léger et passager : tout cela fait partie de la santé mentale, à côté de troubles plus graves comme les états psychotiques. D’après l’enquête nationale de santé de 2013, 4 personnes sur 10 présentent des difficultés psychologiques et 1 jeune sur 4 fait état d’un mal-être psychologique léger.

La consommation excessive d’alcool ou d’autres drogues constitue également un problème de santé, physique et mentale.

Nous sommes donc tous concernés, directement ou via des personnes de notre entourage.

A Bruxelles aussi ces problèmes sont importants et les conditions de vie d’une partie des Bruxellois sont des facteurs aggravants : personnes en situation de précarité, personnes exilées rencontrant des trajectoires complexes, conditions de travail pénibles menant notamment à du burn-out, problèmes de logement, d’isolement social, etc.

L’action du Gouvernement francophone bruxellois

Face à ces différentes formes de souffrance, les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités.

Le Gouvernement francophone bruxellois investit plus de 40% de son budget santé dans ce domaine (soit 45,5 millions d’euros). 22 services de santé mentale répartis sur le territoire de la Région bruxelloise sont agréés et financés. Le Gouvernement soutient également des projets locaux, qui interviennent directement dans le milieu de vie des habitants, au sein même de leurs quartiers, afin d’améliorer le bien-être psychologique. C’est ce que l’on appelle la santé communautaire. Il finance également des lignes d’écoute dans l’anonymat comme Télé-Accueil et le Centre de prévention du suicide.

Des progrès restent à faire

De nombreux services et projets sont soutenus et montrent leur efficacité. Néanmoins, les rapports et les collaborations entre les différents acteurs concernés par la santé mentale doivent évoluer, se développer, se renforcer. Ces acteurs doivent être davantage en lien, se parler, se connaître et travailler ensemble.

Les réseaux de santé agréés pour trois ans par le Gouvernement visent précisément à rassembler des professionnels issus d’institutions et de disciplines différentes pour trouver ensemble des manières plus efficaces et innovantes de prendre en charge des demandes de patients de plus en plus complexes. Cela implique de reconnaître chacun dans ses spécificités et dans son rôle particulier.

La médecine générale fait partie de ces réseaux, surtout à travers la présence des Maisons médicales. Les associations de médecins généralistes commencent à s’y intégrer mais des progrès restent à faire.

J’y serai particulièrement attentive dans les semaines et les mois qui viennent. Je plaide pour que le dialogue entre la santé mentale et la médecine générale s’intensifie, chaque secteur ayant incontestablement des choses à apporter à l’autre. Les différentes autorités compétentes doivent également pouvoir s’approprier les recommandations formulées dans le Livre noir et répondre de manière concertée à celles qui font consensus. Car la santé de la population, que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit comme “un état de complet bien-être physique, mental et social”, est aussi de notre responsabilité !

Cécile JODOGNE,
Ministre de la Santé du Gouvernement francophone bruxellois.

22/10/2017

Depuis plusieurs mois, la situation de la minorité des Rohingyas au Myanmar (Asie du Sud Est) s’est fortement dégradée pour déboucher sur une catastrophe humanitaire.

Si Bruxelles Invest & Export (BI&E) [1] avait initialement prévu de participer à une mission économique avec l’AWEX au Myanmar, il a été décidé, fin de l’été, d’annuler cette participation. Cette décision n’a pas été prise à la légère. La mission au Myanmar était inscrite au plan d’action 2017 de BI&E en raison des opportunités économiques qu’offre ce pays, dont la lente transformation démocratique et l'ouverture au commerce international avait été constatées.

Dès lors, qu’est-ce qui a motivé notre décision ? Cette question s’inscrit plus largement dans le cadre de l’interaction complexe et récurrente entre les enjeux économiques du commerce extérieur et les enjeux de respect des droits humains.

Considérant la situation dans un pays d’exportation, quelles observations peuvent nous inciter à donner une prédominance aux facteurs déterminants pour l’évolution des droits humains, et à différer nos intérêts commerciaux immédiats ?

Car « immédiat » est bien le mot : la décision d’annuler notre participation à la mission au Myanmar s’inscrit en marge de l’instant présent, considérant la situation des droits humains.

En ce moment donc, deux constats s’imposent.

Premièrement, le non-respect du droit des minorités musulmanes Rohingyas s’est transformé en un long processus de déshumanisation pour ces personnes et aboutit à une politique dévastatrice dénoncée par l’ONU qui évoque la « très probable commission des crimes contre l’humanité ».

En second lieu, force est de constater que l’espoir d’avancement de la transformation démocratique suscitée par la venue au pouvoir de Madame Suu Kyi est aujourd’hui enrayé par la résurgence des clivages ethniques et religieux et malheureusement par son peu de considération à l’égard du droit des minorités.

Dans ce contexte, poser un acte concret tel que participer à une mission économique pour développer notre commerce extérieur avec le Myanmar est délicat.

Les balises que nous pouvons mettre pour pareilles décisions font appel à une analyse des effets de leviers potentiels, aussi ténus soient-ils, que peuvent avoir nos actions en commerce extérieur sur le respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine, en termes de pressions conjuguées au niveau bruxellois, belge, européen et international.

A la question de notre participation à la mission au Myanmar, nous avons répondu clairement « non ». Les incidences positives probables seraient bien maigres face au risque de contribuer, si peu que ce soit, à une quelconque acceptation de la catastrophe humanitaire en cours.

La situation au Myanmar m'incite à vous faire part d'une réflexion qui va au-delà des questions qui se sont posées pour ce pays.

Aujourd’hui, amélioration des conditions de vie, respect des droits humains (y compris économiques et sociaux) et prospérité sont considérés comme indissociables. Dans l’économie globalisée, beaucoup observent que le respect du droit de vivre en sécurité et de l’intégrité de l’individu par le pouvoir en place sont des conditions cruciales pour un développement économique durable.

Je m’engage autant que possible sur cette voie, convaincue des vertus des échanges commerciaux responsables. C’est d’ailleurs dans cette optique que je reviendrai prochainement sur d’autres enjeux importants, comme mon soutien à l’entreprenariat bruxellois responsable dans nos pays d’exportation.

Comme toujours n’hésitez pas à me faire part de vos réactions ou questions via le formulaire contact de mon site ou les réseaux sociaux. Je me ferai un plaisir d’échanger avec vous.

Cécile Jodogne


[1] Le service du Commerce extérieur et des Investissements étrangers de la Région bruxelloise